Le sternum est l’os plat au milieu de la poitrine, sous la peau, sans muscle épais pour l’amortir. Quand il fait mal, la première réaction est de penser au cœur. C’est un bon réflexe : mieux vaut éliminer le risque grave. Dans la majorité des cas pourtant, l’origine est bénigne et se situe dans la paroi du thorax.
Quand appeler le 15 sans attendre
Certains signes ne se discutent pas. Une douleur thoracique qui serre comme un étau, qui dure plus de quelques minutes et ne cède pas au repos peut traduire un infarctus. Elle irradie souvent vers le bras gauche, la mâchoire, le dos ou l’épaule. Elle s’accompagne parfois de sueurs, de nausées, d’un essoufflement ou d’un malaise.

Chez la femme, les signes sont parfois moins nets : fatigue inhabituelle, douleur dans le dos ou la mâchoire, nausées. Une douleur brutale avec essoufflement, après un alitement ou un voyage long, évoque aussi une embolie pulmonaire. Dans tous ces cas, appelez le 15 ou le 112, restez assis ou allongé, ne conduisez pas. Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent joindre les secours par SMS au 114.
Une douleur qui se reproduit en appuyant avec le doigt est plutôt pariétale. Cela rassure, mais ne suffit pas : un problème cardiaque peut coexister. Le doute se règle par un avis médical, pas par l’autopalpation.
Où est le sternum et pourquoi il fait mal
Le sternum mesure environ 15 à 20 cm et se compose de trois parties : le manubrium en haut, le corps au milieu, l’appendice xiphoïde en bas. Les sept premières paires de côtes s’y attachent par des cartilages. Ces jonctions, appelées articulations chondro-sternales, bougent à chaque respiration. Elles sont donc souvent irritées.

Derrière lui se trouvent le cœur, l’œsophage, la trachée et les gros vaisseaux. C’est pourquoi une douleur située à cet endroit peut venir de plusieurs organes. Elle se décrit par sa forme : brûlure, pesanteur, piqûre, serrement.
Les causes fréquentes, de la plus banale à la plus grave
Le tableau ci-dessous classe les origines par ordre de fréquence. Il ne remplace pas un examen, il aide à comprendre ce qui oriente.
| Cause | Douleur typique | Ce qui oriente | Conduite |
|---|---|---|---|
| Costochondrite (inflammation des cartilages) | piqûre ou pression localisée | reproduite à la palpation, majorée par la respiration profonde | consultation, repos relatif |
| Douleur musculaire | tiraillement après effort | apparue après sport, port de charge ou toux prolongée | chaleur, antalgique simple |
| Reflux gastro-œsophagien | brûlure derrière le sternum | après repas, allongé, avec remontées acides | avis du pharmacien ou du médecin |
| Choc ou fracture | douleur vive, localisée | après accident, chute, ceinture de sécurité | radiographie rapide |
| Crise d’angoisse | serrement, palpitations | stress, respiration rapide, fourmillements | avis médical si doute |
| Péricardite | douleur aiguë, calmée en se penchant en avant | aggravée allongé, parfois fièvre | urgence médicale |
| Infarctus, angine de poitrine | serrement diffus | effort, irradiation, sueurs, essoufflement | appel du 15 |
| Embolie pulmonaire | douleur à l’inspiration | essoufflement brutal, jambe gonflée | appel du 15 |

Douleur de la paroi : cartilages, muscles, choc
La costochondrite est la cause de paroi la plus connue. Les cartilages qui relient les côtes au sternum s’enflamment après un effort inhabituel, une toux, un mouvement répété ou sans raison nette. La douleur est localisée, souvent d’un seul côté du sternum, et la pression du doigt la déclenche. Quand une zone est gonflée, chaude et douloureuse, on parle de syndrome de Tietze, plus rare et souvent localisé sur la deuxième ou troisième côte.
Les muscles du thorax, notamment les pectoraux et les intercostaux, causent aussi des douleurs près du sternum. Les mouvements de poussée, comme les pompes ou les dips, en sont une cause fréquente chez les sportifs. Un mal de dos haut peut même se projeter en avant. Si le dos est concerné, notre article sur la douleur insupportable du bas du dos aide à distinguer les causes de dos.
Après un accident, une chute ou un choc au volant, une fracture du sternum est possible. La douleur est vive, aggravée par la respiration profonde. Une radiographie la confirme. Elle guérit en général par le repos et les antalgiques, mais elle impose un bilan cardiaque car le choc peut avoir touché le cœur.
Reflux et douleur derrière le sternum
Le reflux gastro-œsophagien provoque une brûlure qui monte derrière le sternum, surtout après un repas copieux, en position allongée ou en se penchant. Elle s’accompagne de remontées acides ou d’un goût amer dans la gorge. Parfois, elle imite une douleur cardiaque, ce qui rend l’autodiagnostic hasardeux.
Quelques réflexes aident : repas plus légers, dîner au moins trois heures avant le coucher, surélévation de la tête du lit. Nos conseils sur la digestion difficile et le reflux détaillent les gestes du quotidien. Si les brûlures reviennent plus de deux fois par semaine, ou s’accompagnent de difficultés à avaler, un avis médical s’impose.
Douleur à l’effort, à la respiration, à la toux
Le moment d’apparition renseigne beaucoup. Une douleur qui survient à l’effort et cède en quelques minutes au repos doit faire consulter sans tarder : c’est le tableau classique de l’angine de poitrine. Elle est d’autant plus suspecte qu’on a plus de 50 ans, qu’on fume, qu’on est hypertendu, diabétique ou qu’un proche a eu un infarctus jeune.
La douleur qui augmente à l’inspiration profonde oriente vers la paroi, la plèvre ou le péricarde. Celle qui apparaît après une toux persistante vient souvent des muscles et cartilages fatigués : notre article sur la toux la nuit explique les causes les plus fréquentes. Une fièvre associée à une douleur thoracique mérite une consultation, et le point sur la fièvre chez l’adulte donne les seuils à connaître.
Enfin, une brûlure unilatérale suivie quelques jours plus tard de vésicules évoque un zona. La douleur précède souvent l’éruption : si une bande de peau devient sensible à un seul côté du thorax, consultez vite, car un traitement précoce limite les séquelles.
Douleur au sternum après le sport : pompes, dips, développé couché
Les exercices de poussée sollicitent fortement les pectoraux et les articulations des côtes. Les dips, en particulier, ouvrent la poitrine et étirent les cartilages. Une douleur qui apparaît pendant ou juste après la séance, localisée près du sternum, et qui se réveille en serrant les bras ou en poussant, relève presque toujours de la paroi.
La conduite est simple : arrêter l’exercice en cause pendant une à deux semaines, remplacer par du travail sans poussée, puis reprendre avec des charges plus légères. Une douleur qui survient en revanche pendant l’effort, serre la poitrine et force à s’arrêter n’est pas musculaire : elle impose un bilan cardiologique avant de continuer le sport, surtout après 40 ans.
La position change-t-elle la douleur ?
Observer ce qui l’augmente ou la calme est utile au médecin. Le tableau ci-dessous résume les indices les plus classiques.
| Position ou geste | Si la douleur augmente | Si elle diminue |
|---|---|---|
| Allongé sur le dos | reflux, péricardite | douleur musculaire |
| Penché en avant | douleur de paroi | péricardite |
| Inspiration profonde | cartilages, plèvre, embolie | reflux |
| Effort, marche rapide | angine de poitrine | costochondrite |
| Après le repas | reflux | cause cardiaque ou musculaire |
Qui doit être le plus vigilant ?
Certaines situations abaissent le seuil d’alerte. Après 50 ans pour un homme et 60 ans pour une femme, le risque cardiovasculaire augmente. Le tabac, l’hypertension, le diabète, le cholestérol élevé, la sédentarité et les antécédents familiaux de maladie du cœur survenue tôt pèsent chacun. Une douleur thoracique chez une personne qui cumule plusieurs de ces facteurs ne se traite pas à la légère.
Les antécédents de phlébite, une immobilisation récente, une chirurgie ou un long voyage orientent vers l’embolie pulmonaire. Une pression artérielle basse accompagnée de vertiges suit une autre piste : notre point sur l’hypotension et le seuil de 90/60 aide à faire la différence.
Crise d’angoisse ou problème de cœur ?
L’angoisse donne un serrement de la poitrine, des palpitations, une respiration courte et des fourmillements dans les mains. Elle survient souvent dans un contexte de stress et atteint son maximum en dix minutes environ avant de retomber. La difficulté est que les symptômes ressemblent à ceux d’un trouble cardiaque. C’est pourquoi un premier épisode mérite toujours un avis médical.
Une fois le cœur vérifié, la respiration lente aide à calmer la crise : inspirer par le nez quatre secondes, expirer par la bouche six secondes, pendant cinq minutes. Si les épisodes se répètent, un suivi permet de traiter la cause.
Ce que fait le médecin, examen par examen
L’interrogatoire vient en premier : début de la douleur, durée, facteurs déclenchants, antécédents. L’examen clinique cherche si la pression reproduit la douleur et écoute le cœur et les poumons. En cas de doute cardiaque, un électrocardiogramme est réalisé dans les minutes qui suivent, avec une prise de sang pour doser la troponine, marqueur de souffrance du muscle cardiaque.

Une radiographie du thorax cherche une fracture, une atteinte du poumon ou de la plèvre. Selon les cas, une échographie du cœur ou un scanner complètent le bilan. Quand tous ces examens sont normaux, le médecin conclut à une douleur de paroi, et le traitement reste simple.
Consulter sous 48 heures : les situations qui le justifient
Sans signe d’urgence, un rendez-vous rapide reste utile dans plusieurs cas. Le premier épisode de douleur thoracique, même passé, doit être expliqué. Une douleur après un choc ou une chute, une fièvre qui l’accompagne, une toux avec crachats colorés, une brûlure qui revient chaque jour ou un gonflement local à la jonction d’une côte justifient une consultation dans les deux jours.
Apportez la liste de vos médicaments, y compris ceux sans ordonnance, et signalez toute prise récente d’anti-inflammatoires, de corticoïdes ou de pilule contraceptive, qui modifient certaines hypothèses. Un pharmacien peut aider à trier si la douleur est légère, mais il renverra vers le médecin au moindre doute.
Soulager à la maison sans masquer un signe grave
Quand une cause grave est écartée, quelques mesures suffisent. Évitez les mouvements qui déclenchent la douleur, sans rester immobile pour autant : la respiration doit rester profonde pour éviter l’encombrement. De la chaleur douce sur la zone détend les muscles.
- Paracétamol : 1 g par prise au maximum, au moins 6 heures entre deux prises, sans dépasser 3 g par jour sans avis médical.
- Anti-inflammatoires : à demander au pharmacien, car ils irritent l’estomac et sont déconseillés en cas de reflux ou d’ulcère.
- Sport : reprise progressive, sans pompes ni dips pendant quelques jours.
- Posture : alterner les positions assises, éviter de rester voûté devant un écran.
Un malaise accompagné de sueurs froides ou de vertiges doit rappeler le cas du malaise vagal, parfois confondu avec un trouble cardiaque. En cas de doute, ne pas rester seul.
Combien de temps dure une douleur au sternum ?
Tout dépend de la cause. Une douleur musculaire disparaît en quelques jours. Une costochondrite peut durer plusieurs semaines, parfois deux à trois mois, avec des améliorations et des rechutes. Une fracture du sternum demande environ six à huit semaines de consolidation. Un reflux se calme avec le traitement et les changements d’habitudes.
Consultez si la douleur dure plus d’une semaine sans amélioration, si elle revient sans cesse ou si elle réveille la nuit. Une douleur qui change de nature, qui s’aggrave ou qui s’accompagne d’un amaigrissement ou d’une fatigue inhabituelle mérite un bilan sans attendre.
Quand faut-il s’inquiéter d’une douleur au sternum ?
Si la douleur serre, dure plus de quelques minutes, irradie vers le bras ou la mâchoire, ou s’accompagne d’essoufflement et de sueurs, appelez le 15 sans attendre.
Une douleur au sternum peut-elle être due au stress ?
Oui. L’angoisse provoque des douleurs thoraciques, un serrement et des palpitations. Un avis médical reste nécessaire la première fois pour écarter une cause cardiaque.
Pourquoi ai-je mal au sternum en appuyant dessus ?
Une douleur provoquée par la pression évoque une atteinte de la paroi, souvent une costochondrite. Elle est bénigne dans la plupart des cas mais mérite un examen.
La douleur au sternum peut-elle venir de l’estomac ?
Oui, le reflux gastro-œsophagien donne une brûlure derrière le sternum après les repas. Elle s’aggrave allongé et s’accompagne de remontées acides.
Combien de temps dure une costochondrite ?
De quelques jours à plusieurs semaines, parfois deux à trois mois avec des rechutes. Le repos relatif et les antalgiques simples suffisent le plus souvent.
Quel médecin consulter pour une douleur au sternum ?
Le médecin généraliste en première intention. Il oriente vers un cardiologue, un gastro-entérologue ou un rhumatologue selon les résultats.
Si la douleur est installée depuis plus de trois jours, notez quand elle survient, ce qui la déclenche et ce qui la calme, puis prenez rendez-vous avec votre médecin en apportant ces notes. Elles abrègent la consultation et orientent mieux le bilan.
Assurance maladie (ameli), Infarctus du myocarde, page de présentation des signes d’alerte et de la conduite à tenir, consultée le 5 octobre 2026.


