Douleur au genou : localiser la cause et quand consulter

Un couple de marcheurs âgés dans une allée de parc

L’essentiel

Une douleur au genou s’interprète d’abord par sa place : devant, sur les côtés ou derrière. La plupart des douleurs mécaniques cèdent en deux à trois semaines avec du repos relatif. Un genou chaud, rouge et gonflé avec de la fièvre, un blocage complet ou l’impossibilité d’appuyer le pied par terre justifient en revanche une consultation le jour même.

Le genou est l’articulation la plus exposée du membre inférieur : il porte le poids du corps, plie des milliers de fois par jour et ne bénéficie d’aucun renfort osseux. Une douleur au genou a donc beaucoup de causes possibles, mais elles se démêlent mieux qu’on ne le croit. Trois questions suffisent pour s’orienter : où est la douleur, quand survient-elle, que s’est-il passé avant ?

Où le genou fait-il mal ?

La localisation désigne le coupable dans la majorité des cas. Le tableau associe chaque zone à ses causes les plus fréquentes chez l’adulte.

Zone de la douleur Causes fréquentes Contexte typique
Devant, autour de la rotule Syndrome fémoro-patellaire, tendinopathie rotulienne Escaliers, descente, course, position assise prolongée
Côté interne Atteinte du ménisque interne, tendinite de la patte d’oie, arthrose Torsion, accroupissement, marche prolongée
Côté externe Syndrome de l’essuie-glace, ménisque externe Course à pied, cyclisme, descente
Derrière, creux du genou Kyste poplité, tendinopathie des ischio-jambiers Gêne en fin de flexion, gonflement du creux
Diffuse, avec gonflement Arthrose, épanchement, arthrite Raideur le matin, gêne à la marche
Associations les plus courantes ; seul un examen clinique, parfois une imagerie, confirme la cause.
Cinq zones du genou, devant, intérieur, extérieur, derrière et diffus, avec la cause la plus fréquente de chacune
Cinq zones, cinq pistes : la place de la douleur oriente avant tout examen.

Devant : la rotule et les escaliers

La douleur à l’avant, autour ou sous la rotule, représente la plainte la plus répandue chez les sportifs et les adultes actifs. Elle apparaît dans les escaliers, surtout à la descente, en position accroupie ou après une longue station assise, genoux pliés. On parle de syndrome fémoro-patellaire quand la rotule frotte mal dans sa gouttière à cause d’un déséquilibre musculaire ou d’une charge trop brusque.

La tendinopathie rotulienne, dite genou du sauteur, donne une douleur plus précise, sous la rotule, qui s’échauffe puis revient après l’effort. Dans les deux cas, la clé reste la même : réduire temporairement ce qui irrite, puis renforcer. Les quadriceps et les muscles de la hanche stabilisent la rotule, et c’est en les travaillant qu’on obtient les meilleurs résultats sur la durée.

Sur les côtés : intérieur et extérieur du genou

Une douleur sur la face interne évoque en premier lieu un ménisque, surtout si elle suit une torsion ou un accroupissement, ou une tendinite de la patte d’oie, qui siège sous le genou, côté interne, et fait mal à la montée d’escalier. Chez la personne de plus de 50 ans, l’arthrose du compartiment interne vient s’ajouter à la liste.

Côté extérieur, le coureur pense d’abord au syndrome de l’essuie-glace : la bandelette qui longe la cuisse frotte sur le relief osseux et provoque une douleur vive après 15 à 20 minutes de course, qui disparaît à l’arrêt. Le cyclisme, avec une selle trop haute, produit le même tableau. Une douleur latérale qui survient après un faux mouvement oriente plutôt vers un ligament ou un ménisque externe.

Derrière le genou : creux poplité et mollet

La douleur du creux poplité, avec une sensation de boule ou de tension en fin de flexion, évoque un kyste poplité, souvent appelé kyste de Baker. Il accompagne fréquemment une arthrose ou une lésion du ménisque, et se résorbe parfois quand la cause est traitée. Une tendinopathie des ischio-jambiers, chez le sportif, tire plus haut, à l’arrière de la cuisse : l’article sur la douleur derrière les cuisses détaille ce cas.

Un point d’attention : un mollet qui gonfle, devient chaud et douloureux, avec un genou raide à l’arrière, peut cacher une phlébite. Ce tableau nécessite un avis médical rapide, comme le détaille l’article douleur au mollet.

Douleur de nuit ou au repos

Une douleur qui réveille ou persiste au repos change la lecture. Les douleurs mécaniques s’aggravent à l’effort et se calment au repos. Les douleurs inflammatoires, elles, se manifestent la nuit, s’accompagnent d’une raideur matinale de plus de 30 minutes et d’une chaleur locale. L’arthrose active, la goutte, la chondrocalcinose et les rhumatismes inflammatoires appartiennent à ce second groupe.

Comparatif entre douleur mécanique et douleur inflammatoire du genou : moment, raideur matinale, chaleur, effet du repos
Mécanique ou inflammatoire : quatre critères pour trancher avant la consultation.

Une douleur nocturne isolée, sans cause évidente, qui augmente d’une semaine à l’autre ou s’accompagne d’une fièvre, d’un amaigrissement ou d’une fatigue inhabituelle, mérite un bilan sans attendre. Elle est rare, mais c’est elle qu’on ne doit pas laisser traîner.

Gonflement, blocage, dérobement : trois signes à part

Certains symptômes ont une valeur propre, quelle que soit la zone douloureuse.

  • Gonflement rapide : un genou qui gonfle en quelques heures après un choc ou un faux mouvement suggère un saignement dans l’articulation, fréquent en cas de lésion ligamentaire ou de fracture. Un gonflement lent, sur plusieurs jours, évoque plutôt un épanchement de liquide d’origine mécanique ou inflammatoire.
  • Blocage : un genou qui reste coincé en flexion et ne s’étend plus évoque un fragment de ménisque déplacé. Il faut le faire voir sans tarder, car l’articulation peut s’abîmer. À ne pas confondre avec la gêne passagère, la sensation de « verrouillage » après être resté longtemps assis, qui cède en quelques pas.
  • Dérobement : la sensation que le genou lâche, surtout dans les changements de direction, évoque une instabilité, typiquement une rupture du ligament croisé antérieur.

Les signes qui imposent de consulter

La plupart des douleurs de genou ne sont pas graves, mais certains éléments justifient un avis médical rapide, voire le jour même.

  • Genou chaud, rouge, très gonflé, avec fièvre au-dessus de 38 °C (voir les seuils de fièvre chez l’adulte) : possible infection de l’articulation, qui constitue une urgence.
  • Impossibilité de poser le pied par terre ou de faire quatre pas après un traumatisme.
  • Déformation visible, genou qui ne se plie plus ou ne s’étend plus.
  • Mollet gonflé et douloureux, surtout après un voyage long ou une immobilisation.
  • Engourdissement ou pied froid, pâle ou bleuté.
  • Douleur qui persiste plus de deux semaines sans amélioration, malgré le repos.

Après une chute ou un choc, les médecins appliquent les règles d’Ottawa pour décider d’une radiographie. Elle se justifie en cas d’âge de 55 ans ou plus, de douleur isolée à la rotule, de douleur sur la tête du péroné, d’impossibilité de plier le genou à 90 degrés ou d’impossibilité de faire quatre pas. Un seul de ces critères suffit. Dans le doute, mieux vaut consulter.

Six signes qui imposent de consulter pour un genou douloureux : fièvre, appui impossible, déformation, mollet gonflé, pied froid, douleur de plus de deux semaines
Les six signes à ne pas laisser passer.

Soulager à la maison

Pour une douleur mécanique récente, sans signe d’alerte, quelques gestes simples aident les premiers jours. Le repos reste relatif : on évite les efforts qui provoquent la douleur, sans immobiliser le genou plusieurs jours, ce qui raidit l’articulation et affaiblit les muscles.

  1. Appliquez du froid 10 à 15 minutes, avec un linge entre la poche de glace et la peau, plusieurs fois par jour les deux premiers jours.
  2. Surélevez la jambe en position allongée pour limiter le gonflement.
  3. Utilisez une compression légère, une genouillère ou une bande souple, sans serrer au point de gêner la circulation.
  4. Reprenez la marche progressivement, avec des chaussures stables, dès que la douleur le permet.
  5. Évitez escaliers, descentes et accroupissements profonds tant que la douleur dépasse un niveau supportable.

Le tableau situe les durées habituelles de récupération. Ce sont des ordres de grandeur, pas des garanties.

Situation Délai habituel de récupération Quand revoir un médecin
Entorse bénigne 1 à 3 semaines Gonflement ou instabilité persistants
Syndrome fémoro-patellaire 6 à 12 semaines avec renforcement Aucune amélioration après 6 semaines
Tendinopathie rotulienne 6 à 12 semaines, parfois plus Douleur au repos
Syndrome de l’essuie-glace 3 à 6 semaines Récidive à chaque reprise
Atteinte méniscale Variable, de 4 semaines à un traitement chirurgical Blocage vrai, douleur nette
Délais indicatifs pour l’adulte ; ils varient selon l’âge, la charge de travail et le sport pratiqué.

Ce que le pharmacien peut proposer

Au comptoir, trois familles de produits se rencontrent. Les antalgiques simples comme le paracétamol, à prendre selon la notice, soulagent sans effet sur l’inflammation. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens en gel, appliqués sur le genou, agissent localement avec peu de passage dans le sang. Les anti-inflammatoires par voie orale demandent plus de prudence : ils sont déconseillés en cas d’ulcère, d’insuffisance rénale, de grossesse ou de traitement anticoagulant, et ne s’utilisent que sur la courte durée indiquée par la notice.

Une genouillère souple de maintien peut aider la reprise, mais ne remplace pas le renforcement. Le pharmacien peut orienter vers un médecin ou un kinésithérapeute si les signes ne cadrent pas avec une douleur banale. Pour une douleur voisine, la douleur du talon, qui retentit sur l’appui, voyez douleur au talon.

Muscler pour protéger l’articulation

Un genou bien tenu par ses muscles souffre moins. Trois exercices, sans matériel, suffisent pour commencer, à raison de trois séries de 10 répétitions, trois fois par semaine.

  • Extension de jambe en position assise : tendez la jambe, tenez 3 secondes, relâchez lentement.
  • Montée sur une marche basse de 15 cm, en contrôlant la descente.
  • Pont fessier : allongé, genoux fléchis, soulevez le bassin et tenez 3 secondes.

La douleur doit rester modérée pendant l’exercice : si elle dépasse la gêne légère, réduisez l’amplitude. Le poids compte aussi : sur un genou arthrosique, perdre quelques kilos soulage nettement l’articulation. Une douleur qui descend du bas du dos jusqu’au genou peut venir du rachis plutôt que de l’articulation : l’article sur la douleur insupportable au bas du dos aide à faire la différence.

Ce que l’âge change à la lecture de la douleur

La même douleur n’a pas le même sens à 15, 35 ou 65 ans. Chez l’adolescent sportif, une douleur sous la rotule, sur une bosse osseuse en haut du tibia, évoque la maladie d’Osgood-Schlatter, bénigne, liée à la croissance. Chez l’adulte actif de 25 à 45 ans, les tendinopathies, les syndromes d’excès de sollicitation et les lésions de ménisque ou de ligament dominent. Après 50 ans, l’arthrose prend la première place, et c’est la raison pour laquelle une radiographie se discute plus vite après un choc à partir de 55 ans.

Tranche d’âge Hypothèses les plus fréquentes Réflexe utile
Moins de 18 ans Osgood-Schlatter, syndrome fémoro-patellaire Adapter l’effort, avis médical si douleur au repos
18 à 45 ans Tendinopathie, essuie-glace, ménisque, ligament Corriger la charge d’entraînement, renforcer
45 à 65 ans Début d’arthrose, fissure méniscale dégénérative, kyste poplité Marche régulière, contrôle du poids, avis si gêne durable
Plus de 65 ans Arthrose avancée, chondrocalcinose, chutes Évaluation médicale, prévention des chutes
Repères généraux, à adapter à chaque personne : l’âge oriente sans jamais remplacer l’examen.

Radio, échographie, IRM : à quoi sert chaque examen ?

La radiographie visualise l’os et mesure l’espace entre le fémur et le tibia, signe d’usure du cartilage. Elle ne montre ni les ménisques, ni les ligaments, ni les tendons. L’échographie explore les tendons, les bourses et un éventuel kyste poplité, sans irradiation. L’IRM, enfin, détaille ménisques, ligaments et cartilage ; elle se prescrit quand le diagnostic reste incertain, ou avant une décision chirurgicale. Un examen d’imagerie sans lien avec l’examen clinique conduit souvent à découvrir des anomalies sans rapport avec la douleur : beaucoup de genoux sans symptôme présentent des fissures de ménisque visibles à l’IRM. C’est pourquoi le médecin interroge et examine d’abord.

Questions fréquentes

Pourquoi ai-je mal au genou sans m’être fait mal ?

Une douleur sans choc vient presque toujours d’une surcharge ou d’une usure progressive : reprise brusque du sport, escaliers répétés, surpoids, arthrose débutante. Le repos relatif et le renforcement musculaire suffisent souvent. Pour aller plus loin, les douleurs articulaires à la ménopause détaille comment distinguer une douleur mécanique d’une douleur inflammatoire.

Faut-il mettre du chaud ou du froid sur un genou douloureux ?

Le froid convient les deux premiers jours après un choc ou une poussée gonflée. La chaleur détend les douleurs chroniques et la raideur, mais elle est déconseillée sur un genou rouge et chaud.

Un genou qui craque est-il inquiétant ?

Non, s’il craque sans douleur ni gonflement. Les craquements sont très fréquents et sans gravité. Ils deviennent à surveiller quand ils s’accompagnent de douleur, de blocage ou de gonflement.

Combien de temps dure une douleur au genou ?

Une entorse bénigne guérit en 1 à 3 semaines, un syndrome fémoro-patellaire en 6 à 12 semaines. Au-delà de deux semaines sans mieux, une consultation s’impose.

Faut-il faire une radio du genou ?

Pas systématiquement. Après un choc, les règles d’Ottawa guident la décision. Pour une douleur ancienne, le médecin choisit entre radiographie, échographie et IRM selon la zone et les signes.

Peut-on continuer à marcher avec un genou douloureux ?

Oui, si la douleur reste supportable et ne s’aggrave pas. La marche entretient l’articulation. Arrêtez si la douleur augmente nettement ou si le genou gonfle.

Notez dès aujourd’hui l’endroit exact de la douleur, ce qui la déclenche et depuis quand, puis testez deux semaines de repos relatif avec les exercices ci-dessus. Si rien ne s’améliore, ou si un signe d’alerte apparaît, prenez rendez-vous avec votre médecin traitant en apportant ces notes.

Source

Assurance Maladie, ameli.fr, rubrique santé : douleurs articulaires, arthrose et traumatismes du genou.

Image de Camille Renier
Camille Renier

Pharmacienne de formation et de passion, je mets mon expertise au service de votre santé au quotidien. À travers ce blog, je partage avec vous mes conseils professionnels, mes recommandations éclairées et mon regard de spécialiste pour vous accompagner vers un bien-être durable, en alliant rigueur scientifique et approches naturelles.

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