Un scanner cérébral pour des maux de tête : la demande revient souvent au comptoir, et la réponse tient en une règle. L’imagerie ne sert pas à rassurer, elle sert à chercher une cause précise quand un signe d’alerte est présent. La grande majorité des céphalées sont primaires et bénignes, et n’ont besoin d’aucun examen.
Voici comment s’y retrouver : les situations qui justifient un scanner, ce qui le distingue de l’IRM, le déroulement de l’examen et ses précautions.
Quand un mal de tête justifie-t-il un scanner ?
Selon la Revue Médicale Suisse, la plupart des céphalées sont primaires et bénignes, sans examen complémentaire. La question d’une imagerie se pose quand l’interrogatoire ou l’examen font évoquer une cause secondaire, c’est-à-dire une lésion à l’intérieur du crâne.
Les situations qui font prescrire une imagerie cérébrale :
- une douleur brutale, en « coup de tonnerre », qui atteint son maximum en quelques instants ;
- des céphalées qui apparaissent après un choc à la tête, surtout après 65 ans ou sous anticoagulant ;
- de la fièvre avec une raideur de la nuque ;
- un cancer connu, une crise d’épilepsie inaugurale, une baisse de la conscience ou de la coordination ;
- un déficit neurologique à l’examen : faiblesse d’un bras, trouble de la parole, de la vue ou de l’équilibre.
Les céphalées représentent environ 1 à 3 % des consultations aux urgences aux États-Unis, soit près d’un million de patients par an. Parmi elles, les causes graves restent minoritaires : l’incidence annuelle des tumeurs intracrâniennes est basse, et en Grande-Bretagne 72 % des personnes atteintes d’une tumeur cérébrale ont plus de 50 ans. L’âge de la première crise compte donc dans la décision. Un premier mal de tête violent après 50 ans ne se traite pas comme une migraine installée depuis l’adolescence.
Une migraine habituelle, identique d’une crise à l’autre et sans signe associé, ne relève pas de l’imagerie. Pour comprendre ce qui se passe quand la douleur part de la nuque, voir aussi notre article sur la névralgie d’Arnold.
Les repères en un coup d’œil

Le tableau ci-dessous reprend les causes recherchées et l’examen que les médecins choisissent en premier.
| Cause recherchée | Signe qui l’évoque | Examen de première intention |
|---|---|---|
| Hémorragie sous-arachnoïdienne | Douleur en coup de tonnerre | Scanner sans injection, puis ponction lombaire ou angioscanner selon le délai |
| Hémorragie après traumatisme | Céphalée après un choc à la tête | Scanner sans injection |
| Dissection d’une artère du cou | Douleur brutale d’un côté, irradiant dans la nuque | Scanner sans injection, puis angioscanner |
| Thrombose veineuse cérébrale | Céphalée progressive sur plusieurs jours | Scanner complété par des séquences veineuses, ou IRM |
| Tumeur | Cancer connu, examen neurologique anormal | IRM de préférence, scanner en urgence |
| Infection | Fièvre, raideur de nuque | Ponction lombaire, scanner avant si signes de pression intracrânienne |
Scanner ou IRM : lequel pour les maux de tête ?
Le scanner utilise des rayons X, l’IRM un champ magnétique et des ondes radio, sans irradiation. Le scanner est rapide, disponible en urgence et moins coûteux. C’est pourquoi il passe en premier quand il faut écarter vite un saignement ou une urgence neurochirurgicale.
L’IRM est plus sensible, surtout pour les tumeurs et les abcès, et donne une meilleure image des tissus mous. Elle convient mieux à un bilan programmé, en dehors de l’urgence. Un médecin prescrit souvent un scanner d’abord, puis une IRM si le compte rendu l’exige.
Pour un traumatisme crânien, la radiographie du crâne n’est plus recommandée chez l’adulte : le scanner sans injection la remplace, car il repère aussi les fractures.
Ce que le scanner repère le jour même
Face à une douleur en coup de tonnerre, 11 à 25 % des patients vus aux urgences ont une hémorragie sous-arachnoïdienne à l’imagerie. La mortalité de cette pathologie est de 25 à 50 % dans les six premiers mois, d’où l’intérêt de ne pas la manquer.
La sensibilité du scanner sans injection atteint 92 à 95 % s’il est fait le jour même de l’événement. Elle baisse avec le temps écoulé et selon l’endroit du saignement. Si le scanner est normal, une ponction lombaire peut être proposée pour chercher une quantité minime de sang.
Après un traumatisme crânien même léger, 8 % des patients vus aux urgences ont une hémorragie intracrânienne et 1 % nécessite une intervention neurochirurgicale. L’âge, les troubles de la coagulation et un choc violent augmentent ce risque.
Avec ou sans produit de contraste ?
Le scanner « natif » se fait sans injection : c’est lui qui repère un saignement, une fracture ou un effet de masse. L’injection d’un produit de contraste iodé par voie intraveineuse améliore la vue des vaisseaux et de certaines lésions. Elle provoque parfois une sensation de chaleur passagère ou une légère réaction allergique.
Le protocole dépend de ce que le médecin cherche. Un angioscanner explore les artères, par exemple en cas de dissection ou d’anévrisme. Un phléboscanner explore les veines du cerveau en cas de suspicion de thrombose. Pour une tumeur ou un abcès, l’examen est fait avant puis après injection afin de voir quelles zones captent le produit.
Ce choix explique pourquoi deux personnes avec le même mal de tête peuvent recevoir deux ordonnances différentes. Il se décide sur la cause suspectée et sur le degré d’urgence.
Sinusite, thrombose, immunodépression : les cas particuliers
Lorsqu’une sinusite ou une mastoïdite est suspectée, le scanner est l’examen de choix pour voir les cavités et les os du massif facial. L’IRM avec injection est préférée si l’on craint une complication à l’intérieur du crâne, comme une méningite ou un abcès.
La thrombose veineuse cérébrale est rare : environ cinq personnes sur un million par an, le plus souvent avant 50 ans. Dans 25 % des cas, la céphalée n’est accompagnée d’aucun déficit neurologique, ce qui complique le diagnostic. Le scanner simple peut passer à côté de 30 % des lésions, d’où les séquences veineuses.
Chez une personne immunodéprimée, une céphalée justifie une imagerie avec et sans injection, car les infections et certaines tumeurs sont plus fréquentes. Le choix entre scanner et IRM dépend alors de l’urgence.
Comment se passe l’examen ?
Le scanner cérébral est indolore. On retire les bijoux et objets métalliques, on s’allonge sur une table qui glisse dans un anneau et on reste immobile. Un interphone relie le patient à l’équipe. L’examen dure en général 10 à 15 minutes, préparation comprise, que le produit de contraste soit injecté ou non.
- Accueil par le manipulateur et vérification de l’ordonnance.
- Retrait des objets métalliques, installation sur la table.
- Acquisition des images, parfois en deux temps, avant puis après injection.
- Compte rendu par le radiologue, remis au patient ou envoyé au médecin prescripteur.
L’examen est remboursé par l’Assurance maladie sur ordonnance. Le jeûne n’est demandé que dans certains cas : on suit la consigne du cabinet de radiologie.
Précautions et contre-indications
Les doses de rayons X d’un scanner unique sont contrôlées et le risque reste très faible. Trois situations demandent pourtant d’en parler avant l’examen.
- Grossesse possible : l’exposition aux rayons X est à éviter, une autre imagerie peut être choisie.
- Insuffisance rénale : le produit de contraste est éliminé par les reins, le médecin évalue la situation avant l’injection.
- Allergie connue au produit de contraste iodé : un traitement préventif peut être prescrit.
Apportez aussi la liste de vos traitements, y compris les médicaments sans ordonnance. Si le mal de tête s’accompagne de fièvre, consultez notre repère sur la fièvre chez l’adulte pour juger l’urgence.
Que faire en attendant un rendez-vous ?
Notez la date de début, l’intensité, le côté, les signes associés et ce qui soulage ou aggrave. Ces éléments aident le médecin à décider si l’imagerie est nécessaire, et laquelle. Un mal de tête qui change de caractère, devient plus fréquent ou plus violent mérite un avis rapide.
Une douleur très intense et soudaine, une faiblesse d’un côté du corps, un trouble de la parole ou une perte de connaissance relèvent du 15, pas d’un rendez-vous de radiologie. Pour une douleur qui touche aussi la face, l’article sur la douleur à la mâchoire et celui sur la sinusite aident à distinguer les causes courantes.
Questions fréquentes
Un scanner cérébral détecte-t-il une migraine ?
Non. La migraine est un diagnostic clinique, posé sur les caractéristiques des crises. Le scanner sert à écarter une autre cause quand un signe d’alerte est présent, pas à confirmer la migraine.
Le scanner est-il dangereux pour des maux de tête répétés ?
Un scanner ponctuel expose à une dose de rayons X contrôlée, avec un risque très faible. Le médecin ne le prescrit que si le bénéfice attendu justifie cette exposition.
Combien de temps dure un scanner cérébral ?
En général 10 à 15 minutes, préparation comprise, avec ou sans injection de produit de contraste. L’acquisition des images elle-même ne dure que quelques minutes au plus.
Faut-il être à jeun ?
Pas systématiquement. Le jeûne est demandé dans certains cas, surtout si un produit de contraste est prévu. Suivez la consigne du cabinet de radiologie.
Un scanner normal exclut-il tout problème ?
Pas toujours. Pour une hémorragie, la sensibilité du scanner baisse avec le temps. Certaines lésions fines se voient mieux à l’IRM, et une ponction lombaire peut compléter le bilan.
Quand appeler le 15 pour un mal de tête ?
Devant une douleur brutale et violente, une faiblesse d’un côté, un trouble de la parole ou de la vision, une perte de connaissance, ou après un choc à la tête avec somnolence.
Si vos maux de tête sont récents, inhabituels ou accompagnés d’un des signes ci-dessus, prenez rendez-vous avec votre médecin cette semaine. Apportez votre carnet de notes et la liste de vos médicaments. Il décidera si un scanner ou une IRM apporte quelque chose, et dans quel délai.


